Histoire de la pêche en Bretagne : 6 000 ans d’épopée maritime

La Bretagne et la mer, c’est une histoire d’amour vieille de 6 000 ans. Bien avant que les Celtes n’arrivent sur la péninsule armoricaine, des communautés néolithiques pêchaient déjà sur les côtes finistériennes. Retour sur une épopée humaine hors du commun, que le Musée de la Pêche de Concarneau documente comme nul autre.

Les origines : la pêche néolithique (4000 avant J.-C.)

Les fouilles archéologiques menées sur les îles bretonnes (Groix, Belle-Île, Ouessant) ont révélé des restes de hameçons en os, de filets en libellules et de nasses datant du néolithique. Ces hommes de la côte étaient déjà d’habiles pêcheurs, qui complétaient leur alimentation de coquillages, de poissons plats et de céphapodes.

L’époque gallo-romaine : la garum et les premières conserveries

Sous l’occupation romaine, les côtes bretonnes — alors Armorique — produisaient du garum, cette sauce fermentée à base de poissons qui était l’équivalent de notre sauce soja antique. Des ateliers de production ont été découverts à Douarnenez et Audierne. C’était peut-être là la première industrie halieutique de Bretagne.

Le Moyen Âge : la morue et les premiers départs au large

À partir du XIème siècle, les pêcheurs bretons, en quête de morue, s’aventurent de plus en plus loin. Certains historiens avancent que des Basques et des Bretons auraient découvert les Grands Bancs de Terre-Neuve bien avant Cabot (1497) et Cartier (1534), guidés par des pêcheurs basques qui avaient appris l’existence de ces eaux poissonneuses via les Vikings.

XVIème–XIXème : l’âge d’or de la grande pêche

C’est la grande époque des goélettes à morue et des bricks sardiniers. Chaque hiver, des centaines de navires quittaient Saint-Malo, Paimpol, Douarnenez ou Concarneau pour des campagnes de 6 à 8 mois sur les Grands Bancs. Les conditions étaient terribles : froid, brouillard permanent, banquise, et la solitude des hommes seuls dans leurs doris.

Au même moment, la pêche sardinière explose sur la côte sud. Concarneau devient la “capitale mondiale de la sardine” — 35 conserveries tournent à plein régime et font la fortune de la ville.

XXème siècle : la motorisation et la pêche industrielle

L’arrivée des moteurs à vapeur, puis Diesel, transforme radicalement la pêche. Les chalutiers remplacent les goélettes à voile. Les rendements explosent — et avec eux, les premiers signes de surpêche dès les années 1970. La Grande Bretagne et la France s’affrontent dans la “guerre de la morue” autour de l’Islande.

Aujourd’hui : pêche durable et patrimoine vivant

Concarneau reste le 3ème port de pêche français. Des centaines de pêcheurs artisanaux et industriels coexistent, faisant face aux défis du changement climatique et des quotas européens. Le musée n’est pas seulement un lieu de mémoire — c’est un pont entre ce passé glorieux et les enjeux d’une pêche responsable pour l’avenir.